Réponse directe. Un père verse 500 € par mois pour ses deux enfants mineurs, soit 6 000 € par an : s'il ne les compte pas dans son quotient familial et que la pension est fixée par jugement, il déduit ces 6 000 € de son revenu imposable. La mère, qui les reçoit, ajoute ces 6 000 € à ses revenus déclarés. Pour un enfant majeur non rattaché, la déduction est plafonnée à 6 855 € par an et par enfant (revenus 2025, déclaration 2026).
Dans ce guide
Le principe : une déduction symétrique
La fiscalité de la pension alimentaire repose sur une idée simple : l'argent qui change de main pour l'entretien de l'enfant ne doit être imposé qu'une seule fois. Le parent qui paie (le débiteur) déduit la pension de son revenu global ; le parent qui la reçoit (le créancier) l'intègre à ses revenus imposables. Ce mécanisme symétrique est prévu par l'article 156, II, 2° du Code général des impôts pour la déduction, et par l'article 79 pour l'imposition côté receveur.
Le régime présenté dans ce guide est le droit applicable à la date de rédaction. Les conditions varient sensiblement selon l'âge de l'enfant, son rattachement fiscal et le mode de garde : c'est là que se nichent les erreurs.
Côté débiteur : enfant mineur, la déduction intégrale
Pour un enfant mineur, la pension est déductible en totalité, sans plafond, à deux conditions cumulatives. D'abord, elle doit résulter d'une décision de justice ou d'une convention homologuée : un versement spontané, même régulier et justifié, n'ouvre pas droit à déduction. Ensuite, l'enfant ne doit pas être compté dans le quotient familial du parent qui paie : on ne peut pas cumuler la demi-part fiscale et la déduction de la pension pour le même enfant.
En pratique, c'est le parent chez qui l'enfant ne réside pas habituellement qui déduit, puisque l'enfant est rattaché fiscalement à l'autre parent. Si vous versez 400 € par mois pour un enfant mineur, vous déduisez 4 800 € par an de votre revenu imposable. À un taux marginal de 30 %, cela représente 1 440 € d'impôt économisé : la déduction n'est pas un détail.
Attention au calendrier : ce sont les sommes effectivement versées au cours de l'année qui sont déductibles, pas le montant théorique du jugement. Si vous deviez 4 800 € mais n'en avez versé que 3 000 €, seuls 3 000 € sont déductibles. Les impayés ne donnent droit à aucune déduction, ce qui est une raison de plus de régulariser rapidement : notre guide pension impayée : les recours détaille les solutions.
Côté débiteur : enfant majeur, le plafond de 6 855 €
L'enfant majeur change de régime. L'obligation d'entretien ne s'arrête pas à 18 ans (l'article 371-2 du Code civil est explicite : « cette obligation ne cesse pas de plein droit lorsque l'enfant est majeur »), et la pension versée à un enfant majeur reste déductible, mais dans la limite d'un plafond annuel.
Pour la déclaration 2026 (revenus 2025), ce plafond est de 6 855 € par enfant. Concrètement, si vous versez 500 € par mois à votre fils étudiant de 20 ans, soit 6 000 € par an, la totalité est déductible. Si vous versez 700 € par mois, soit 8 400 € par an, seuls 6 855 € sont déductibles : les 1 545 € restants ne donnent droit à aucun avantage fiscal.
Deux aménagements existent. Si l'enfant majeur est marié ou pacsé et que vous assumez seul l'entretien du jeune ménage, le plafond est doublé : 13 710 €. Et si l'enfant majeur vit sous votre toit toute l'année, vous pouvez déduire un forfait d'hébergement de 4 075 € sans avoir à produire de justificatifs, en plus ou à la place des versements en espèces selon votre situation.
Une condition demeure dans tous les cas : l'enfant majeur ne doit pas être rattaché à votre foyer fiscal. S'il l'est, vous bénéficiez déjà de la part de quotient familial correspondante, et la déduction de la pension est exclue. C'est un arbitrage à faire chaque année : selon les montants en jeu, le rattachement ou la pension déductible peuvent être plus avantageux. Faites les deux simulations avant de trancher.
Côté créancier : une pension imposable
Symétrie oblige : ce que l'un déduit, l'autre l'impose. Le parent qui reçoit la pension pour ses enfants mineurs doit l'ajouter à ses revenus imposables, dans la catégorie des pensions et rentes. C'est une étape que beaucoup oublient, et l'oubli se paie lors d'un contrôle : l'administration croise les déclarations des deux parents.
Pour l'enfant majeur qui perçoit directement la pension (cas classique de l'étudiant), c'est lui qui la déclare : la pension figure dans sa propre déclaration, case 1AO. Si le montant reste modeste, son impôt restera nul ou faible, mais la déclaration demeure obligatoire dès lors qu'il est imposable séparément.
Notez que le créancier déclare les sommes effectivement reçues, là encore, pas le montant théorique. Si le débiteur n'a versé que huit mois sur douze, seuls huit mois sont à déclarer. Cette symétrie versé/reçu est logique : elle évite d'imposer des sommes jamais perçues.
Garde alternée : ni déductible, ni imposable
La résidence alternée fait exception au mécanisme symétrique. Quand les enfants sont en garde alternée, l'éventuelle pension versée par l'un des parents à l'autre n'est ni déductible pour celui qui la paie, ni imposable pour celui qui la reçoit.
La raison tient au quotient familial : en résidence alternée, chaque parent bénéficie d'une demi-part par enfant. Cet avantage fiscal partagé tient lieu, en quelque sorte, de contrepartie. Autoriser en plus la déduction de la pension reviendrait à accorder deux fois le même avantage au parent débiteur.
Il existe toutefois une porte de sortie, à manier avec précaution : les parents peuvent convenir que l'un d'eux rattache fiscalement les enfants à 100 %. Dans ce cas, on retombe sur le régime de la garde exclusive : la pension redevient déductible pour le parent qui la verse (aux conditions de l'article 156 du CGI) et imposable pour celui qui la reçoit, tandis que l'autre parent perd toute part de quotient familial. Ce choix modifie l'impôt des deux côtés, parfois de plusieurs milliers d'euros : simulez les deux options avant de l'inscrire dans votre convention. Nous expliquons le calcul propre à ce mode de garde dans notre guide pension alimentaire en garde alternée.
Trois cas chiffrés
Cas 1 : deux enfants mineurs, garde classique
Karim verse 500 € par mois, soit 6 000 € par an, pour ses deux enfants mineurs. La pension est fixée par jugement et les enfants sont rattachés fiscalement à leur mère.
Déduction de Karim : 6 000 € (intégralité, pas de plafond pour les mineurs)
Revenu imposable de la mère : + 6 000 €
Si Karim est imposé à 30 %, l'économie d'impôt atteint 1 800 € par an.
Cas 2 : un enfant majeur étudiant, 700 € par mois
Sophie verse 700 € par mois à sa fille de 21 ans, étudiante non rattachée, soit 8 400 € par an.
Versé : 8 400 € → déductible : 6 855 € (plafond enfant majeur)
Perte d'avantage fiscal : 1 545 € non déductibles
La fille déclare 8 400 € en case 1AO de sa propre déclaration
Si Sophie avait versé 570 € par mois (6 840 € par an), la totalité aurait été déductible : le plafond mérite d'être intégré à la négociation du montant.
Cas 3 : résidence alternée, 250 € par mois
Deux parents en résidence alternée, revenus déséquilibrés : le père verse 250 € par mois, soit 3 000 € par an.
Déduction du père : 0 € (pension non déductible en garde alternée)
Imposition de la mère : 0 € (pension non imposable)
Chacun conserve sa demi-part de quotient familial par enfant. Si les parents convenaient d'un rattachement à 100 % chez la mère, le père déduirait 3 000 € et la mère les imposerait : à comparer avec la valeur des demi-parts perdues.
Les erreurs qui coûtent cher
Déduire une pension versée sans jugement. C'est l'erreur la plus fréquente chez les parents séparés de fait ou en cours de procédure. Tant qu'aucune décision de justice ni convention homologuée ne fixe la pension, les versements, même réguliers, ne sont pas déductibles. Faites homologuer votre accord : c'est aussi ce qui le rend exécutoire.
Cumuler quotient familial et déduction. Si l'enfant est compté dans votre quotient familial, vous ne pouvez pas déduire la pension que vous versez pour lui. Vérifiez chaque année de quel côté l'enfant est rattaché, surtout en cas de changement de garde.
Oublier de déclarer la pension reçue. Côté créancier, la pension est un revenu imposable comme un autre. L'administration dispose des deux déclarations : l'asymétrie se repère vite.
Ignorer le plafond de l'enfant majeur. Au-delà de 6 855 € par an et par enfant, chaque euro versé est un euro sans avantage fiscal. Quand le montant envisagé dépasse ce seuil, discutez-en avec un conseiller : un rééquilibrage entre pension et prise en charge directe de frais peut être plus efficient.
Questions fréquentes
La pension alimentaire est-elle déductible des impôts ?
Oui, pour le parent qui la verse, dans les conditions de l'article 156 du CGI : intégralement pour un enfant mineur (si elle est fixée par jugement ou convention homologuée et que l'enfant n'est pas dans son quotient familial), dans la limite de 6 855 € par an pour un enfant majeur non rattaché. En garde alternée, elle n'est pas déductible.
Dois-je déclarer la pension que je reçois pour mes enfants ?
Oui, sauf en garde alternée. La pension reçue s'ajoute à vos revenus imposables. Déclarez les sommes effectivement perçues au cours de l'année, pas le montant théorique du jugement.
Quel est le plafond de déduction pour un enfant majeur en 2026 ?
6 855 € par enfant pour la déclaration 2026 (revenus 2025). Le plafond est doublé à 13 710 € si l'enfant est marié ou pacsé et que vous assumez seul l'entretien du ménage. Un forfait d'hébergement de 4 075 € existe si l'enfant vit sous votre toit toute l'année.
Que vaut-il mieux : rattacher mon enfant majeur ou déduire la pension ?
Cela dépend des montants : comparez l'économie d'impôt procurée par la part de quotient familial avec celle procurée par la déduction de la pension (plafonnée à 6 855 €). Faites les deux simulations chaque année avant de choisir, car l'option la plus avantageuse peut changer.