Guide · Indexation annuelle

Revalorisation pension alimentaire : indice INSEE et calcul

La pension alimentaire suit l'inflation chaque année : nouvelle pension = pension initiale × nouvel indice ÷ indice d'origine, avec l'indice INSEE des prix à la consommation hors tabac.

Réponse directe. Prenons une pension de 300 € fixée par un jugement du 4 juin 2020, indexée sur l'indice « ménages urbains ». L'indice d'origine vaut 87,07 et le nouvel indice 100,03 : 300 × 100,03 ÷ 87,07 = 344,65 € par mois. La revalorisation est automatique : le débiteur doit l'appliquer spontanément, sans passer devant le juge.

La formule officielle, avec un exemple chiffré

La revalorisation n'a rien d'un nouveau calcul de pension. C'est une simple indexation sur l'inflation : on ajuste le montant fixé à l'origine en fonction de l'évolution des prix mesurée par l'INSEE. La formule, publiée par le service public, tient en une ligne :

Nouvelle pension = pension initiale × nouvel indice ÷ indice d'origine

Autrement dit, si les prix ont augmenté de 10 % depuis le jugement, la pension augmente de 10 %. Si les prix ont baissé, elle peut théoriquement diminuer, même si c'est rare en pratique.

Exemple chiffré : 300 € fixés en juin 2020

C'est l'exemple de référence publié par le service public. Un jugement du 4 juin 2020 fixe une pension de 300 €, avec une clause d'indexation sur l'indice « ménages urbains dont le chef est ouvrier ou employé » :

Indice d'origine (avril 2020) : 87,07

Nouvel indice (novembre 2025) : 100,03

Calcul : 300 € × 100,03 ÷ 87,07 = 344,65 €

Nouvelle pension : 344,65 € par mois, soit +44,65 € (+14,9 %).

Vous pouvez reproduire ce calcul instantanément avec notre outil de revalorisation, qui gère aussi la conversion entre les anciennes et les nouvelles bases d'indices.

Les deux séries d'indices INSEE : laquelle utiliser ?

L'INSEE publie chaque mois l'indice des prix à la consommation, mais il en existe plusieurs déclinaisons. Pour les pensions alimentaires, deux séries sont utilisées, et c'est votre jugement ou votre convention qui désigne la bonne :

Dans les deux cas, il s'agit d'indices hors tabac. Si votre jugement cite une série sans autre précision, reprenez exactement son intitulé : mélanger les deux séries fausse le calcul, car leurs valeurs diffèrent. Et si la clause d'indexation est absente ou incomplète, il faudra saisir le juge d'une requête en interprétation pour la faire préciser : on y revient plus bas.

Le changement de base 2025 : ce qui a changé en janvier 2026

C'est la grande nouveauté de 2026, et la source de la plupart des erreurs de calcul constatées cette année. Depuis la publication de janvier 2026, l'INSEE diffuse l'indice des prix en base 2025 : la moyenne de l'année 2025 vaut désormais 100, et tous les indices mensuels s'expriment par rapport à cette référence. La précédente base 2015, en vigueur depuis dix ans, a été abandonnée ; décembre 2025 a été le dernier mois publié dans l'ancienne base.

Concrètement, les valeurs ont changé d'échelle sans changer de sens. Pour les revalorisations prenant effet au 1er janvier 2026, le « dernier indice connu » (celui de novembre 2025, publié à la mi-décembre) vaut 99,87 pour l'ensemble des ménages et 100,03 pour les ménages urbains, en base 2025. Un indice proche de 100, donc, là où l'ancienne base affichait des valeurs autour de 119 : c'est normal, c'est le même niveau de prix exprimé différemment.

Le piège est évident : si votre jugement cite un indice d'origine en base 2015 (par exemple 118,94) et que vous le divisez par un nouvel indice en base 2025 (100,03), vous mélangez deux échelles et le résultat est absurde. Il faut d'abord convertir l'indice d'origine dans la nouvelle base. C'est le rôle du coefficient de raccordement.

Anciens jugements : le coefficient de raccordement

Des millions de jugements et de conventions citent des indices en base 2015. Pour les utiliser avec les indices actuels en base 2025, il faut les convertir :

Indice en base 2025 = indice en base 2015 ÷ coefficient de raccordement

Important : estimations. L'INSEE n'a pas publié de table officielle de coefficients de raccordement pour ces deux séries. Les coefficients ci-dessous sont des estimations que nous avons reconstituées à partir de mois publiés dans les deux bases : ÷ 1,1981 pour la série « ensemble des ménages » (119,67 ÷ 99,87) et ÷ 1,1890 pour la série « ménages urbains » (118,94 ÷ 100,03, confirmé par une seconde paire indépendante : 103,52 ÷ 87,07). Deux dérivations indépendantes convergent pour les ménages urbains, ce qui renforce la confiance, mais ce ne sont pas des valeurs officielles.

Reprenons notre exemple de référence pour montrer comment tout s'enchaîne. Le jugement de juin 2020 citait un indice d'origine de 103,52 en base 2015 (valeur d'avril 2020). Conversion : 103,52 ÷ 1,1890 ≈ 87,07 en base 2025. On retrouve exactement l'indice d'origine utilisé dans le calcul officiel : 300 × 100,03 ÷ 87,07 = 344,65 €. La boucle est bouclée.

En pratique, retenez surtout ceci : si votre jugement est antérieur à 2026, son indice d'origine est très probablement en base 2015 et doit être converti avant tout calcul. Notre outil de revalorisation applique cette conversion automatiquement.

Le « dernier indice connu » et l'indice d'origine

Deux dates structurent chaque revalorisation, et il ne faut pas les confondre.

L'indice d'origine est celui que désigne le jugement : le plus souvent l'indice en vigueur au jour de la décision, c'est-à-dire le dernier publié au Journal officiel à cette date. Exemple donné par le service public : pour une décision rendue le 8 juillet 2019, on retient l'indice publié au JO ce jour-là, soit celui du mois de mai 2019 (l'INSEE publie avec environ six semaines de décalage). Certains jugements désignent explicitement un mois de référence : suivez alors leur indication à la lettre.

Le nouvel indice, ou « dernier indice connu », est le dernier publié au Journal officiel à la date de la revalorisation. Pour une revalorisation au 1er janvier, c'est l'indice de novembre de l'année précédente, publié vers la mi-décembre. Pour une revalorisation à la date anniversaire du jugement, c'est le dernier indice publié avant cette date.

Un dernier détail, souvent prévu par les décisions : l'arrondi. Le jugement peut préciser qu'on arrondit « à l'euro supérieur » ou « à l'euro le plus proche ». Sans précision, conservez les centimes : 344,65 €, pas 345 €.

Une revalorisation automatique, à appliquer spontanément

C'est le point que les débiteurs ignorent le plus souvent, et les créanciers pas toujours. La revalorisation est automatique : le parent débiteur doit l'appliquer de lui-même, sans que l'autre parent ait à la réclamer, et sans repasser devant le juge. La date et la périodicité sont fixées dans le jugement ou la convention, le plus souvent une fois par an, au 1er janvier ou à la date anniversaire de la décision.

Si une intermédiation financière est en place, c'est encore plus simple : la CAF applique elle-même la revalorisation chaque année, puisque c'est elle qui collecte et reverse la pension. Le débiteur n'a rien à calculer.

Et si la clause d'indexation manque dans le jugement ? Deux cas. S'il manque un élément de la formule (la série d'indice, par exemple), le juge peut être saisi d'une requête en interprétation pour préciser sa décision. S'il s'agit d'une simple erreur matérielle (une coquille sur un chiffre), une requête en rectification suffit. Dans les deux cas, inutile de rouvrir tout le dossier : c'est une procédure ciblée.

Les arriérés : 5 ans pour réclamer

Voici la situation la plus rentable à vérifier : une pension versée depuis des années sans jamais avoir été revalorisée. Chaque année d'indexation manquée représente une différence mensuelle, multipliée par douze, cumulée sur plusieurs années. Sur cinq ans d'inflation, cela peut représenter plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d'euros.

La bonne nouvelle, c'est que ces arriérés de revalorisation se réclament sur les cinq dernières années (prescription de l'article 2224 du Code civil). Le calcul se fait année par année : pour chaque année, on compare ce qui aurait dû être versé (pension revalorisée) à ce qui a été effectivement versé, et la différence constitue l'arriéré exigible.

Concrètement, si vous êtes le parent créancier, faites le calcul rétrospectif dès maintenant : additionnez les différences mensuelles sur les cinq dernières années et adressez au débiteur une demande écrite, chiffres à l'appui. Si vous êtes le débiteur et que vous n'avez jamais appliqué la clause, régulariser spontanément coûte toujours moins cher qu'un contentieux, d'autant que les arriérés portent sur cinq ans dans les deux cas. Pour les impayés purs et simples, d'autres recours existent : nous les détaillons dans notre guide pension impayée : les recours.

À retenir. Formule : pension × nouvel indice ÷ indice d'origine, en indice hors tabac. Depuis janvier 2026, les indices sont en base 2025 (99,87 / 100,03 pour une revalorisation au 1/1/2026) : convertissez les anciens indices base 2015 avec le coefficient de raccordement (estimations : ÷ 1,1981 ou ÷ 1,1890). La revalorisation est automatique, et les arriérés se réclament sur 5 ans.

Questions fréquentes

Quel indice INSEE pour la revalorisation 2026 ?

Pour une revalorisation au 1er janvier 2026, le dernier indice connu est celui de novembre 2025 : 99,87 (ensemble des ménages, hors tabac) ou 100,03 (ménages urbains dont le chef est ouvrier ou employé, hors tabac), en base 2025. Vérifiez quelle série votre jugement désigne.

Mon jugement cite un indice en base 2015 : que faire ?

Convertissez-le en base 2025 avant le calcul, en le divisant par le coefficient de raccordement (estimations : 1,1981 pour l'ensemble des ménages, 1,1890 pour les ménages urbains). Sans cette conversion, le résultat sera faux.

Dois-je aller devant le juge pour revaloriser ?

Non. La revalorisation est automatique : le débiteur doit l'appliquer spontanément à la date prévue. Le juge n'intervient que si la clause d'indexation est absente ou incomplète (requête en interprétation).

Puis-je réclamer les revalorisations oubliées des années passées ?

Oui, sur les cinq dernières années (art. 2224 du Code civil). Calculez année par année l'écart entre la pension revalorisée due et les sommes effectivement versées.

Rédaction CalculPension · octobre 2026 · Sources : service-public.gouv.fr (fiche F2010, vérifiée le 01/04/2026), INSEE (indice des prix à la consommation, base 2025 depuis janvier 2026). Les coefficients de raccordement sont des estimations reconstituées, signalées comme telles. Sans valeur de conseil juridique.